Julien Colombier, du street art à la craie

Largement inspiré des arts de la rue, mais pas seulement, Julien Colombier nous dévoile ce qui se cache derrière son travail pour le moins contrasté...

ENTRE Quel est ton parcours ?

Julien Colombier Je suis complètement autodidacte en fait. J’ai commencé à dessiner en maternelle, et je n’ai jamais arrêté. Vers 18 ans je me suis dit que j’avais vraiment envie de faire de la peinture.

ENTRE Tu as fait une école particulière ?

JC Non, j’ai essayé mais à chaque fois je ne suis pas resté plus de deux mois.

ENTRE Pourquoi la peinture ?

JC Je ne sais pas, ça me paraissait complètement naturel. Les artistes qui m’ont vraiment marqué étaient peintres.

ENTRE Justement, quelles sont tes inspirations ?

JC A la base, j’ai vraiment aimé Matisse, un de mes premiers souvenirs de musée quand j’étais enfant.  Il y a aussi tout l’art japonais classique. Ensuite, à l’adolescence, Keith Haring. Lui était vraiment street art avant l’heure. Le graffiti avait commencé mais il n’en avait pris que la partie qui l’intéressait (la rue, le côté sauvage, faire ce qu’on veut), il avait déjà fait en 85 toutes les déclinaisons qu’on voit maintenant (les t-shirts, les baskets, les montres).

ENTRE Comment t’es-tu intéressé au dessin à la craie ?

JC C’est vraiment tout bête, je manquais de place dans mon nouvel appartement pour peindre, donc je m’étais juste fait un mur au tableau noir, comme pour avoir un carnet de croquis géant. Ça m’a tellement plu que j’ai essayé de le faire de façon plus définitive, plus transportable et vendable. Je me suis alors mis au pastel qui est quand même un médium qui, dans la conscience collective, est assez ringard. Je m’y suis mis, avec un fond noir. Ça a été une révélation.

ENTRE Et donc quels sont les inconvénients et les avantages que tu rencontres avec le pastel et la craie ?

JC Les seuls inconvénients que j’avais c’était au pastel sec. C’est vraiment très difficile de le fixer quel que soit le kilo de produit chimique qu’on utilise ; ça finit toujours par pouvoir s’enlever en frottant dessus. Donc je suis passé au pastel gras qui n’a pas vraiment d’inconvénients… il y a quand même les couleurs qui me manquaient par rapport à l’acrylique. Maintenant je mélange l’acrylique dans mes fonds avec le pastel en surface, comme ça j’ai toujours les couleurs et j’ai toujours mon effet pastel lumineux.

ENTRE Donc c’est la luminosité du pastel qui te séduit avant tout et la facilité de transport ?

JC Le pastel sur fond noir c’est vraiment de la sculpture. Je ne fais que les contours qui sont censés être touchés par la lumière et ça prend tout de suite du volume. C’est un peu magique.

ENTRE Dans ta chambre, tu travailles sur un tableau noir de 200 x 230 cm, as-tu essayé de travailler sur d’autres formats et est-ce que ça a eu des conséquences particulières sur ton travail ?

JC Souvent je travaille sur un format de 200 x 150 cm en plus du format de ma chambre. Ca me rappelle les bannières japonaises. Maintenant, je travaille sur tous les formats.

ENTRE As-tu un rythme régulier dans ta production de nouvelles œuvres ou cela se fait-il à l’instinct, selon ton humeur ?

JC Ça se fait toujours à l’instinct. Mais pour moi une mauvaise journée ce n’est produire qu’un seul dessin.

ENTRE Comment définis-tu ton univers ?

JC En ce moment, j’ai un univers onirique, des extraits de rêve que je mets en exergue. Les humains, les animaux sont trop illustratifs.

ENTRE Justement, les êtres humains et ce qui s’y réfère n’apparaissent pas alors que la religion semble t’influencer avec des images d’apocalypse, de déluge…

JC Les êtres humains ne sont pas loin, mais ils ne sont pas mis en scène. Quant à mes images religieuses, elles sont finalement très hollywoodiennes.

ENTRE Enfin, quels sont tes projets pour l’avenir ?

JC Des fresques dans des lieux publics ou des boutiques, notamment avec une maison de haute couture. A l’avenir, mon travail se tournera vers les installations, le volume, des murs en mouvement.

http://juliencolombier.com/

Propos recueillis par Aurélie Laurent.